Carnet de voyage
       

Randonnée en Cappadoce (Turquie 2010)

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Ce circuit m'a permis une belle approche de la région de Cappadoce grâce à de nombreuses randonnées entre vallées aux roches colorées, cheminées de fées, villages et églises troglodytes.

 

 

Le 3 octobre

Nous arrivons à l'aéroport d'Ankara, la capitale de la Turquie, en fin d'après-midi. Le groupe est complet, nous sommes 15 et faisons connaissance avec notre guide et notre chauffeur qui nous accompagnerons pendant cette semaine. Nous partons pour le centre ville en traversant la banlieue d'Ankara, où les nouveaux immeubles poussent comme des champignons. Nous nous installons à l'hôtel Ogultürk et allons diner dans un petit restaurant local.

 

 

Le 4 octobre

Nous avons une longue route pour rejoindre la Cappadoce et partons de bon matin en direction du sud. Après avoir traversé de nouveau une banlieue en pleine construction, nous atteignons le vaste plateau Anatolien, très sec à cette époque. Nous faisons une première pause près du lac Tuz Gölü. Ce lac (en turc : Tuz Gölü signifie lac salé) est le second plus grand lac de Turquie. Il est très peu profond (1 à 2 mètres seulement) et a une superficie de 1600 km² la majeure partie de l'année. Il mesure normalement 80 km de long et 50 km de large. Le lac occupe une dépression d'origine tectonique au centre du plateau anatolien. Il est alimenté par des eaux provenant à la fois de la surface et du sous-sol mais il n'a aucun émissaire. Les eaux du lac ont une salinité extrêmement élevée et en été l'eau s'évapore presque complètement mettant ainsi à découvert un dépôt de sel d'une épaisseur moyenne de 30 cm. En hiver une partie du sel se dissout à nouveau dans l'eau douce introduite dans le lac suite aux abondantes précipitations hivernales. Ce mécanisme est à la base du procédé utilisé par l'industrie extractive pour extraire le sel du lac. Le lac produit en effet 70 % du sel consommé en Turquie. En 2001 le lac Tuz ainsi que la zone de steppe qui l'environne ont été déclarés zone protégée.

 

Nous poursuivons le trajet et entrons en Cappadoce. Près de la grande ville d'Aksaray, notre prochain arrêt sera pour visiter le caravansérail d'Agzikarahan. Un caravansérail est un lieu où les caravanes de marchands faisaient halte sur la Route de la Soie. Cette construction est toujours fortifiée, et comporte à la fois des écuries pour les montures et les bêtes de somme, des magasins pour les marchandises et des chambres pour les gens de passage. Celui ci a été commencé en 1231 sous Alaaddin Keykubat et c'est son fils Keyhusrev qui l'a terminé. En face de la porte, une petite mosquée repose sur quatre arcs. Une très belle porte ouvragée donne accès à une vaste pièce qui servait de magasin.

 

Il nous reste quelques kilomètres pour arriver au terme de notre route et entamer une première petite randonnée. Nous sommes à Pasabag (en turc, les vignes du Seigneur) ou vallée des Moines et découvrons nos premières cheminées de fée. Ces curieuses formations rocheuses composées d'un cône de tuf (une roche friable constituée de cendres et de roches poreuses) et d'un chapeau de basalte (roche volcanique très dure) ont été sculptés par le temps et l'érosion. Ici, elle mesurent jusqu'à 20 m de haut et sont isolées ou groupées par 2 ou 3. Certaines ont été creusées par l'Homme pour en faire des habitations ou des chapelles troglodytes.

 

Le site, situé en bord de route, est très fréquenté par des hordes de touristes venus prendre quelques photos, avant de passer plus de temps dans les boutiques de souvenirs. Je n'ose imaginer la fréquentation en plein été !!! Nous quittons la foule pour marcher au milieu de ces paysages grandioses, magnifiés par la lumière du soleil couchant. Plus loin, les formes sont plus douces est les roches ressemblent à d'immenses meringues. Nous faisons une pause pour cueillir quelques délicieuses grappes de raisin, ce sera d'ailleurs notre friandise quotidienne en ce début octobre.

 

Nous poursuivons entre petits canyons et hautes falaises jusqu'aux hauteurs du village de Cavusin. Ici, comme partout en Cappadoce, ont été creusés des pigeonniers dans la roche friable. Leur origine remonte à l'époque byzantine, ils étaient principalement voués à la récupération de la fiente, utilisée comme engrais. De nos jours, ils ne sont plus utilisés par les pigeons, mais par d'autres espèces d'oiseaux comme les moineaux ou les martinets à ventre blanc comme ici, qui sont des centaines à regagner leur abri en ce début de soirée. Nous visitons l'église Saint-Jean Baptiste, considérée comme la plus ancienne de la région, qui date du VIème siècle. Elle abrite encore des fresques colorées, malheureusement abîmées par le temps, les iconoclastes et les pilleurs. Elle se trouve sur une falaise "gruyère" entièrement creusée d'habitations troglodytes et de tunnels.

 

Nous descendons au centre du village avant que la nuit ne soit complètement tombée et retrouvons le minibus qui nous emmène quelques kilomètres plus loin à notre hénergement. L'hôtel Dolunay est situé à l'entrée de Göreme. Nous allons y passer 3 nuits.

 

 

Le 5 octobre

Nous partons pour une journée complète de randonnée. Le fond de l'air est frais, mais le soleil est au rendez-vous, idéal pour la marche à pied. Nous débutons à quelques centaines de mètres de l'hôtel par la vallée blanche (appelée Akvadi en Turc). Les noms des vallées font souvent référence à des couleurs et ici, la dominante est nettement blanche. Les premières cheminées de fée sont déjà visibles. Au fur et à mesure de notre avancées, elles sont de plus en plus hautes et leur forme évocatrice donne son nom à cet endroit; la vallée de l'Amour.

 

Plus loin, les falaises immaculées contrastent avec la maigre végétation du fond de la vallée. Du haut de la falaise, un renard nous dévisage quelques instants avant de poursuivre sa route, il commence à revêtir son épaisse fourrure avant le rude hiver qui va bientôt s'abattre sur la région. Nous marchons quelques kilomètres dans ce magnifique décor avant de remonter en direction du village d'Uçhisar.

 

Après la visite du tailleur de pierre local, et de son inévitable boutique, nous poursuivons vers le village. Uçhisar, qui signifie "trois forteresses" en Turc, est le point culminant de la Cappadoce (1300 m). Son haut piton volcanique, transformé en forteresse naturelle entièrement creusée de grottes et galeries est le principal centre d'intérêt du village. Certaines maisons troglodytes ont été rénovées, transformées en pension ou restaurant, d'autres sont à l'abandon. Nous montons au pied de la forteresse, ce qui nous offre un très beau panorama sur la Cappadoce, notamment les vallées rose et rouge, que nous visiterons demain.

 

Nous poursuivons dans la partie plus récente d'Uçhisar pour aller déjeuner dans un restaurant plein de touristes, où l'on vous prend en photo à l'entrée, avant de vous vendre l'image au fond d'une assiette à la sortie... Le seul intérêt est la magnifique vue sur la forteresse et la vallée des pigeonniers (en Turc Güvercinlik) dans laquelle nous allons descendre.

 

Ici, pas plus de pigeonniers que dans d'autres vallées, mais toujours d'étranges formations rocheuses. Les falaises semblent être des champignons géants couverts d'un chapeau blanc. Nous descndons dans le fond de la vallée où quelques lopins de terre sont cultivés, les femmes s'affairent à la récolte des pommes. Nous trouvons à nouveau des vignes sauvages qui grimpent dans les arbres à plusieurs mètres de haut et nous régalons du raisin bien sucré.

 

Nous sortons de la vallée pour nous retrouver à Göreme où nous buvons un bon çay (thé en Turc) avant de rejoindre l'hôtel.

 

 

Le 6 octobre

Comme chacun des trois matins que nous allons passer à Göreme, le réveil s'effectue au son des bruleurs... Des bruleurs de montgolfières, car la grosse activité commerciale de tous les matins est ici le survol en ballon à air chaud de la région. Les vols n'ont lieu qu'en début de journée afin d'éviter le vent. Nous voyons donc passer des dizaines de ballons (j'en ai compté une cinquantaine en vol en même temps) avec une vingtaine de passagers chacun.

 

La météo est à nouveau au beau fixe et nous partons marcher toute la journée dans 3 nouvelles vallées. Après quelques kilomètres de minibus, nous nous arrêtons pour entamer la randonnée dans la vallée du Prisonnier, appelée ainsi car une immense grotte que nous apercevons fut utilisée comme prison du temps des Romains. Vue d'en haut, la vallée semble hérissée de milliers d'éperons rocheux. Nous descendons par un sentier escarpé, la vallée est sèche et comporte peu de végétation. La rivière qui y coule en hiver a creusé au fil du temps des tunnels dans la roche friable.

 

Nous pouvons voir de nombreux pigeonniers et observons les nombreuses niches creusées à l'intérieur pour acceuillir les oiseaux. Certains ont l'entrée décorée de dessins de couleur rouge censés éloigner les mauvais esprits et les prédateurs des pigeons. Plus loin, une grosse cheminée de fée a été utilisée pour y creuser une chapelle. Nous pouvons accéder à l'intérieur mais les peintures qui la décoraient, ont été bien abimées.

 

Nous poursuivons pour arriver dans la vallée rose. Les roches ont en effet cette couleur, mais comportant parfois des parties plus vertes, blanches ou jaunes.

 

Plusieurs églises troglodytes ont été ici aussi creusées dans la montagne. Après une belle ascension, nous visitons l'église de la croix, batie sur 3 niveaux et qui comporte de jolies fresques bien conservées, même si les visages des saints et apôtres ont été burinés par les iconoclastes.

 

Nous faisons une pause pour profiter du magnifique paysage, puis reprenons notre chemin au milieu d'étonnantes roches bicolores, voire tricolores.

 

Avant la pause déjeuner, nous visitons une nouvelle église troglodyte, dite église du raisin, à cause de la vigne présente dans la décoration des jolies fresques. Nous prenons notre repas du midi dans une petite échoppe tenue par une famille au fond de la vallée, au milieu des vignes, abricotiers, parcelles de pommes de terre ou de courges, le tout entouré de cheminées de fée et de falaises roses et rouges.

 

Après un excellent repas et un moment de repos, nous remontons sur le plateau pour entamer la dernière partie de notre randonnée du jour, la vallée rouge. En réalité, ce n'est pas vraiment une vallée, mais plutôt d'immenses falaises de roche rougeâtre. Nous allons marcher ainsi sur un entroit sentier à flanc de colline.

 

Nous poursuivons jusqu'au village de Cavusin, où nous étions déjà passé le premier jour, mais arrivons sur le versant opposé aux habitations troglodytes. Nous terminons cette magnifique journée par un retour à pied vers Göreme où nous passons notre troisième nuit.

 

 

Le 7 octobre

Dernier réveil au son des bruleurs de montgofières à Göreme. Le temps est couvert ce matin et le restera toute la journée, mais sans pluie. Nous quittons l'hôtel pour une première balade dans la vallée de Zeminderesi. Comme souvent, la première descente s'avère glissante sur un chemin sec et pleins de cailloux qui roulent. Cette vallée est la plus verte depuis le début de notre voyage, un petit ruisseau coule encore au fond et de nombreux lopins de terre sont cultivés. L'autre caractéristique est la présence de plusieurs tunnels et de jolies arches calcaires.

 

Par endroit, les roches dessinent de surprenants plis. Nous sortons de la vallée pour retrouver notre minibus. Après quelques minutes, nous stoppons pour terminer la route à pied en direction du village d'Ibrahimpasa.

 

Nous nous arrêtons sur la place de ce petit village pour le pique-nique. Ibrahimpasa comporte encore quelques maisons troglodytes, parfois en bien mauvais état. Nous pouvons observer la vie locale, les joueurs de cartes, le réparateur d'autocuiseur, les enfants qui rentrent de l'école et la grande activité de la saison, l'extraction des graines de courges. Celles-ci seront ensuite grillées et salées pour être consommées en amuse-gueule.

 

Nous quittons ce village typique et reprenons le sentier sur le plateau au milieu des vignes, abricotiers et champs de courges. Puis, nous traversons la vallée de Gömede (où nous marcherons plus longtemps demain) avant d'arriver à Mustafapasa, un village fondé par les Grecs, où la soirée fut arrosée des premières pluies de notre séjour. Nous passons la nuit à la Monastery Cave Pension dans des chambres creusées dans la roche.

 

 

Le 8 octobre

Il a beaucoup plu durant la nuit et le ciel reste menaçant, mais sans précipitations ce matin. Nous partons à pied de l'hôtel vers la vallée de Gömede. Dans les hautes falaises qui bordent cette vallée ont été aménagés des pigeonniers, parfois sur plusieurs étages et nous en visitons un. Celui-ci comporte 5 niveaux, nous accédons facilement au premier, mais pour monter aux suivants, il faut passer à travers un trou creusé dans le plafond. Nous arrivons presque tous au 3ème, mais abandonnons pour les suivants. L'intérieur est creusé de petites niches destinée chacune à accueillir le nid d'un pigeon. Certaines sont encore utilisées et sont couvertes de fientes.

 

Nous reprenons notre marche pour aller visiter quelques églises troglodytes, datant du 8ème siècle et peintes lors des siècles suivants. Elles sont creusées dans des cheminées de fée. Nous poursuivons notre randonnée à travers les champs sous une petite pluie avant de retrouver notre minibus qui nous emmène à Göreme pour le déjeuner. Nous reprenons ensuite la route et faisons une pause à Avanos, la cité des potiers, pour visiter une fabrique de poteries et, bien sûr, sa boutique...

 

Nous partons ensuite direction sud-ouest à Derinkuyu. Derinkuyu (mot qui signifie puits profond) est connue pour sa cité souterraine de l'époque paléo-chrétienne, la plus grande de Turquie. La cité servit de refuge aux premiers chrétiens grecs, face aux persécutions de l'Empire romain et, à partir du VIIe siècle, face aux raids des Omeyyades et des Abbassides. Elle fut ouverte aux visiteurs en 1969, mais 10% seulement de la cité leur sont accessibles. Les huit étages dégagés à ce jour atteignent une profondeur d'environ 85 mètres. La cité pouvait être fermée de l'intérieur par de grandes meules circulaires faisant office de portes. L'espace était organisé autour de 52 cheminées d'aérations, qui, pour quatre d'entre elles, atteignaient une profondeur de 100 mètres. La cité comportait des lieux de culte, des pièces de stockage, des étables ou des bergeries, des pressoirs à vin et à huile, des cuisines, des réfectoires. Mais une vaste pièce voûtée au second étage qui servit semble-t-il d'école religieuse, est spécifique à Derinkuyu. Entre le troisième et le quatrième niveau, un escalier abrupt mène à une église cruciforme de 10 x 25 mètres et 2,5 mètres de hauteur. Tous ces aménagements et la grande dimension de la cité permettaient d'abriter jusque 50 000 personnes, mais étaient conçus pour accueillir 10.000 personnes en moyenne pour de longues durées. Mieux vaut ne pas être trop grand pour la visite car certains boyaux sont très étroits et bas de plafond, nous devons souvent progresser pliés en 2.

Après cette étonnante visiste, nous faisons notre dernier et plus long transfert de la journée en direction de Selime où nous nous installons à la Pension Catlak.

 

 

Le 9 octobre

C'est déjà notre dernière journée en Cappadoce avant le retour vers Ankara. Il nous reste une dernière randonnée au programme dans le canyon d'Ihlara, une vallée longue de 16 km dont nous parcourerons la moitié. Nos prenons le minibus pour nous rendre au début de la marche, au village d'Ihlara. Nous descendons dans la vallée et découvrons un paysage très différent des jours précédents. La rivière Melendiz coule dans le fond et la végétation qui l'entoure est bien fournie, de part et d'autre se dressent d'imposantes falaises (jusqu'à 120 mètres de haut).

 

Outre le joli paysage, l'autre attrait de cette vallée est la présence de plusieurs églises taillées dans les falaises. Celles-ci furent construites jusqu'au Xème siècle et abritent, pour certaines, des fresques relativement bien conservées.

 

 

Nous visitons successivement l'église des odeurs, faisant référence aux parfums apportés par les visiteurs venus de lointaines contrées. Puis, l'église du serpent, animal que l'on retrouve sur une des fresques, l'église des jacinthes. La pluie refait son apparition lorsque nous terminons la randonnée et nous sommes heureux de pouvoir nous sécher dans le restaurant.

 

Après le déjeuner, nous retournons à Selime pour ce qui sera notre dernière visite, la Cathédrale. Il s'agit en fait d'un impressionnant ensemble troglodytique composé d'un dédale de salles, de couloirs, d'escaliers et de chapelles, le tout creusé dans la montagne adossée au village.

 

 

Il est maintenant temps de partir, car il nous reste de la route pour arriver à Ankara. D'ailleurs la météo nous conforte dans cette idée, la pluie redouble et des flocons de neige viennent s'y méler, prémices du rigoureux hiver qui va bientôt s'abattre sur la région. Après quelques heures de route, nous arrivons dans la capitale Turque et nous installons à l'hôtel Ogultürk.